Faik Konitza

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Olimpia Gargano

Olimpia Gargano
Voyages d’antan en terres albanaises
     (Bruxelles, 3.12.2011)

« Un voyage qui dure toute une vie: l'Albanie d'Edith Durham, pionnière de l'ethnologie de terrain au début du XXe siècle »  

 

Contribution de Olimpia Gargano

Doctorante en Littérature Comparée - Université de Nice Sophia Antipolis

Résumé

Le Childe Harold de George Gordon Byron (1809)

Dans la littérature de langue anglaise, l'histoire de l'image de l'Albanie est marquée par deux dates fondamentales entre lesquelles est compris tout un siècle, qui va de 1809 à 1909, c'est-à-dire du voyage de Lord Byron à la publication de High Albania d'Edith Durham, la voyageuse - ethnographe à laquelle cette contribution est dédiée.

High Albania d’Edith Durham (1909)

Cent ans après l’œuvre de Byron, ce fut High Albania d’Edith Durham qui attira l'attention des lecteurs européens sur le petit pays balkanique. Les deux représentations, c'est-à-dire l'image de l'Albanie donnée par Byron et celle qui ressort de l'œuvre de Durham, ne pourraient être plus différentes l’une de l’autre.

                                       

Durham : traits biographiques

Le long chemin qui l'aurait amenée à devenir l'une des meilleurs spécialistes en matière d'Albanie commença en août 1900, lorsqu'Edith Durham arriva à Trieste, point de départ de son premier voyage dans les Balkans. Elle venait de Londres, d'où était partie en vacances sur le conseil de son médecin. Fille aînée d’une bonne famille londonienne, elle avait 37 ans. Diplômée en Arts, elle avait réalisé les illustrations de l'encyclopédie anglaise de Sciences Naturelles, la Cambridge Natural History.

Vers l'Albanie

Elle en avait déjà été impressionnée pendant son première voyage monténégrine, lorsqu'elle avait vu de loin des endroits albanais ; il avait été une rencontre à distance qui, à la lumière de l'importance que le pays des Aigles aurait pris dans sa vie, sonne comme une prémonition. Lisons-le à travers ses propres mots : Nous avons traversé l'Europe jusqu'au but de la Christianité, et maintenant nous sommes sur la forteresse de rochers, en ayant l'ennemi à l'horizon. […] Loin, là bas, luit le grand lac d'argent de Shkodër. Au-delà de celui-ci, les bleues montagnes albanaises, avec leurs sommets qui brillent de neige même en juin, apparaissent de plus en plus pales, et la terre du mystère et du détestable turc s'évanouit dans le ciel. Une scène tellement magnifique et impressionnante qui vaut elle-même l'entier voyage de l'Angleterre.

Shkodër

En 1901 elle entra pour la première fois en terre albanaise: "Dans l'an 1901, je visitai le Monténégro et je descendais au lac en arrivant jusqu'à Shkodër . Cette ville me conquit tout de suit : elle avait de la couleur, de la vie, de l'art. Ses gens étaient amicaux et industrieux, et ils ne passaient pas tout leur temps à boire du raki et à fanfaronner le long de la rue, comme à Cetinje. Il y avait quelque chose de très humain en eux, et plus que toute autre chose je désirais aller dans les montagnes albanaises "

L’ethnographie au début du XXe siècle

Au début du XXe siècle, l’ethnographie était en phase de développement. La perspective traditionnelle, par laquelle le chercheur observait de l'extérieur les milieux sociaux et culturels qui étaient son objet d'étude, commença à être remplacée par une approche "intégrale", où le chercheur rentra en contact direct avec les gens, en un rapport d'interaction grâce auquel il expérimentait en personne leur vie quotidienne en se plongeant dans leurs traditions, habitudes et problèmes. C'était la méthode de l'"observation participante", le système d'analyse de différents peuples et cultures, visant à comprendre l' "autre" tout en en partageant les conditions de vie.

Nouveauté de son œuvre par rapports à d’autres textes

Toute l'œuvre d'Edith Durham nous donne une représentation "en prise directe" des endroits de l'Albanie la plus secrète, les terres où les rapports interpersonnels, les usages, et plus en général chaque aspect de la vie sociale, étaient strictement réglementées par le « Kanun », le code de droit coutumier qui, à cause de ses sévères prescriptions, était connu sous le nom de "code de sang". Dans sa rencontre avec les peuples, elle attachait une grande importance à la nécessité d’en comprendre le point de vue. Comme elle le disait, « ce qui et vu dans le paysage dépend en grande partie du spectateur ».

Ses outils de recherche

- ses représentations iconographiques : tous ses livres sont illustrés par des esquisses, portraits et photographies qu'elle faisait pendant ses voyages, au but de reproduire des monuments, bâtiments publiques et privés, son travail visait à donner des exemples de typologies d'habillement, de coiffures et coupures de cheveux, autant que de tatouages tribaux qui répondaient à des exigences rituelles;

- son collectionnisme, visant à laisser des témoignages de culture matérielle. Pendants ses voyages, Durham avait collecté des objets artisanaux, tissus, costumes, bijoux traditionnels, qu'elle avait achetés ou reçus en cadeau. Pour chacun de ces objets elle avait rédigé de minutieuses notes explicatives ; dès qu'elle rentra définitivement à Londres, elle donna toute sa collection à des musées et institutions culturelles de son pays, où ils sont exposés actuellement ;

- enfin, une petite surprise que nous sommes heureux de présenter dans ce rencontre d'aujourd'hui.

Dernier voyage en Albanie

Son dernier voyage en Albanie advint en 1921. Cette fois-là, elle séjourna à Tirana, où elle reçut des accueils même embarrassants pour son tempérament réservé : lorsque la nouvelle de son arrivée se répandit, on organisa une procession de son et lumières jusqu'au dessous de la maison où elle

était hébergée. Elle sortit sur le balcon pour remercier la foule qui la clamait à pleine voix, mais l'émotion lui coupa les mots.

A la fin de son journal albanais, elle avait transcrit une poésie de Christina Rossetti: "L'espoir dont j'avais rêvé étais un rêve // Ce ne fut qu'un rêve, et maintenant je me réveille // Extrêmement sans confort, et usée, et vieille // Pour l'amour d'un rêve. // Mens encore, mens encore, mon cœur brisé; // Mon cœur silencieux, mens encore et brise toi : // la vie, et le monde, et mon identité même, ils sont changés // Pour l'amour d'un rêve."

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